Le secteur de l’assurance connaît une transformation majeure en 2025, offrant des perspectives inédites aux entreprises malgré la persistance de nombreuses exclusions. Après plusieurs années tendues marquées par une forte inflation des tarifs et des restrictions sévères, le marché montre désormais des signes d’assouplissement. Certaines branches, comme la cyberassurance, voient leurs primes se réduire significativement grâce à une meilleure connaissance du risque et à l’arrivée de nouveaux acteurs apportant plus de capacités. Cependant, ce vent favorable ne balaie pas toutes les difficultés : certains secteurs, notamment l’automobile, le bois, le traitement des déchets ou l’agroalimentaire, subissent encore de fortes tensions tarifaires en raison de sinistres récurrents et de caractéristiques propres à leurs activités. Par ailleurs, les garanties sur des risques géopolitiques et climatiques sont de plus en plus encadrées avec des exclusions très strictes, rendant la recherche de protection toujours plus complexe pour les entreprises. Dans ce contexte, les risk managers se trouvent en première ligne pour négocier et adapter leurs contrats, parfois en optant pour des solutions alternatives comme la création de captives d’assurance, afin de restaurer l’assurabilité de risques émergents et complexes tels que ceux liés à l’intelligence artificielle.
Les évolutions récentes du marché de l’assurance : vers une plus grande flexibilité
Depuis la fin de l’année 2024 et tout au long de 2025, le marché de l’assurance affiche une nette amélioration de ses conditions commerciales pour la majorité des lignes. Selon Sandra Magny, directrice des marchés chez Marsh France, cette évolution positive traduit un contexte plus favorable qui profite directement à la clientèle. Le constat est partagé par Diot-Siaci, où les experts relèvent une baisse des tarifs, jusqu’à deux chiffres pour certains grands comptes en matière d’IARD (Incendie, Accidents et Risques Divers). Cette tendance est particulièrement positive pour les grandes entreprises et les ETI, qui conservent un pouvoir de négociation important. En revanche, pour le mid-market, qui regroupe les grosses PME et les petites ETI, la stabilité prévaut, sans hausse ni baisse notable.
Cette dynamique s’explique par plusieurs facteurs :
- La normalisation de certains risques, qui facilite leur évaluation et leur tarification.
- L’arrivée de nouveaux acteurs spécialisés dans des niches, notamment en cyberassurance, qui intensifie la concurrence.
- Une meilleure gestion des sinistres et une accumulation de données permettant une appréciation plus fine du risque.
Pourtant, cette amélioration ne s’applique pas uniformément, et la nature même des risques ainsi que la qualité des portefeuilles restent des leviers essentiels pour définir les grilles tarifaires. Le marché reste ainsi sélectif et prudent, offrant des opportunités mais aussi imposant des conditions strictes.
| Segment | Évolution des tarifs en 2025 | Facteurs clés |
|---|---|---|
| Grandes entreprises | Baisse jusqu’à 20 % sur certaines lignes | Négociation forte, volume, qualité des risques |
| ETI | Baisse modérée, maintien de la compétitivité | Stabilité des profils, diversification des risques |
| Mid-market (grosses PME, petites ETI) | Stable | Risque plus hétérogène, limitation des marges |
Cette nouvelle phase traduit à la fois un retour à une forme de normalité après des périodes de tensions extrêmes et une volonté de remettre la protection des entreprises au cœur des priorités, tout en encadrant mieux les risques émergents.
Concurrence accrue et qualité des portefeuilles
L’expansion de l’offre, notamment sur des segments porteurs comme la cyberassurance, a contribué à faire évoluer la dynamique du marché. Le développement de nouvelles solutions, souvent très spécialisées, a entraîné une baisse tarifaire sensible. Cependant, les assureurs sélectionnent plus rigoureusement leurs clients, mettant en avant la prévention, la qualité des dispositifs de gestion des risques et les antécédents sinistres. Ces critères influent directement sur la modération des prix. Ainsi, la prochaine étape sera la consolidation de cette tendance favorable, conditionnée par un suivi rigoureux et une adaptation continue des contrats aux réalités économiques et techniques.
Le cyberrisque en recul, l’intelligence artificielle au cœur des interrogations assurantielles
Le cyberrisque, identifié comme la principale menace par le baromètre Allianz depuis cinq ans, connaît enfin une réduction significative des primes en 2025. Cette évolution est liée à plusieurs phénomènes concomitants. D’abord, la maturité du risque cyber : les entreprises disposent maintenant de meilleures pratiques en matière de cybersécurité et les assureurs ont acquis une expérience suffisante pour évaluer et accompagner ces risques. Ensuite, le marché s’est enrichi avec l’arrivée de nouveaux acteurs spécialisés proposant des garanties adaptées et innovantes. Cette concurrence stimule la baisse des tarifs mais ne diminue en rien l’exigence des assureurs, qui restent rigoureux sur les conditions de souscription afin de limiter les sinistres majeurs.
- Maturation des outils et processus de cybersécurité
- Multiplication des acteurs proposant des solutions innovantes
- Tarifs en baisse grâce à une meilleure connaissance du risque
- Maintien d’une exigence élevée en matière de critères de souscription
En parallèle, un autre risque attire une attention toute particulière : celui lié à l’intelligence artificielle. La singularité de ce nouveau péril tient à son caractère encore très flou dans ses contours et mécanismes. À ce jour, aucune règle stabilisée ne permet aux assureurs d’évaluer avec certitude les impacts des sinistres liés à l’IA. Sarah Delhelle, responsable distribution chez Allianz Commercial France, indique que toutes les organisations sont encore en phase d’apprentissage des enjeux et des portées de ce risque complexe. La multiplicité des garanties touchées et la nature même de l’intelligence artificielle comme facteur très transversal rendent actuellement ce risque difficilement assurable dans sa globalité.
Défis et perspectives du risque lié à l’intelligence artificielle
Les difficultés principales proviennent de :
- L’absence de données historiques et de recul sur les sinistres réels d’ampleur.
- La multiplicité des scénarios potentiels d’incidents pouvant impliquer des responsabilités très diverses.
- La nécessité d’une réglementation claire afin d’encadrer les responsabilités et les couvertures à proposer.
Face à ces incertitudes, certaines entreprises ont anticipé en construisant des dispositifs internes de gestion de ce risque, voire en créant des captives d’assurance pour prendre en charge des sinistres qui ne trouvent pas encore d’offre satisfaisante sur le marché classique. Cette approche traduit une volonté d’innovation et d’adaptation, indispensable pour faire face à la complexité croissante des risques d’aujourd’hui.
Des secteurs toujours sous tension : automobile, bois, déchets et agroalimentaire
Malgré une tendance globalement à l’amélioration, certains secteurs continuent d’être confrontés à des hausses tarifaires ou à des conditions plus rigides. L’exemple le plus marquant concerne l’automobile, notamment la couverture des flottes de véhicules professionnels. En 2025, la prime moyenne pour cette assurance augmente en moyenne de 4,5 %, en grande partie sous l’effet de l’inflation des coûts de réparation et de la fréquence des sinistres. Le secteur ne bénéficie d’aucun allégement tarifaire, illustrant ainsi la persistance de risques élevés dans cette activité.
Par ailleurs, les domaines regroupés sous le sigle WWF (Bois, Waste – déchets, Food – agroalimentaire) voient également leurs tarifs se maintenir à un niveau élevé. Ces secteurs se caractérisent par des risques volatils liés à :
- Des facteurs environnementaux et opérationnels fluctuants.
- Une sinistralité parfois élevée, notamment en responsabilité civile.
- Un contexte réglementaire souvent strict et en constant renouvellement.
Selon Frédéric Durot, managing director chez Diot-Siaci, cette tension s’explique par une moindre marge de manœuvre offerte aux assureurs, qui privilégient la prudence. Par ailleurs, la difficulté à garantir la responsabilité civile, particulièrement en cas d’exposition aux États-Unis, complique encore la recherche de couverture fiable pour ces entreprises.
| Secteur | Évolution tarifaire 2025 | Principaux facteurs |
|---|---|---|
| Automobile (flottes) | +4,5 % en moyenne | Coût réparation, fréquence sinistres |
| Bois, déchets, agroalimentaire | Tarifs stables ou en légère hausse | Volatilité des risques, réglementation |
| Transport de personnes | Tensions sur la responsabilité civile | Exposition américaine, sinistralité élevée |
Cette situation complexe pousse les entreprises de ces secteurs à redoubler de vigilance dans le pilotage des risques, privilégiant la prévention et la collaboration étroite avec leur assureur pour limiter les impacts financiers liés aux sinistres.
Exclusions en hausse : des protections limitées face aux risques géopolitiques et climatiques
L’augmentation de l’instabilité géopolitique mondiale exerce une pression forte sur les assureurs, qui renforcent les exclusions dans leurs contrats pour se prémunir contre des risques jugés trop exposés. Parmi les exclusions les plus notables figurent celles relatives aux garanties « SRRC » (Grèves, Émeutes, et Troubles Civils). Il devient fréquent que ces couvertures soient difficiles à obtenir, en particulier pour des marchés spécifiques ou des zones géographiques sensibles.
En France, la situation est emblématique : le risque d’émeutes, considéré autrefois comme exceptionnel, est désormais perçu comme un risque régulier, ce qui complique fortement son acceptation en assurance. De nombreux établissements publics ne disposent plus que d’une couverture limitée, souvent restreinte au seul risque incendie. Afin de contenir cette problématique, une mesure législative a été adoptée fin 2025 instaurant une surprime d’environ 5 % sur les contrats visant à couvrir ces risques d’émeutes urbaines. Ce partage du risque entre assureurs et assurés est ambigu et suscite un certain mécontentement au sein des entreprises affectées.
- Renforcement des exclusions liées aux risques SRRC (grèves, émeutes, troubles civils).
- Surprime imposée pour les couvertures d’émeutes en France.
- Exclusions fréquentes pour certaines zones exposées à des incidents climatiques extrêmes.
- Interdiction quasi généralisée des couvertures liées aux polluants persistants (PFAS).
En matière climatique, certaines zones géographiques sont purement et simplement exclues des garanties, sauf à accepter des surcoûts importants. Cette démarche traduit un ajustement des offres à l’ampleur des risques contemporains et à l’impossibilité financière pour les assureurs de supporter tous les aléas. Dans ce contexte, la vigilance des entreprises s’impose pour bien repérer les exclusions dans leurs contrats et anticiper les éventuels impacts financiers.
Conséquences pour les entreprises et la protection des assurés
Pour les entreprises, ces exclusions représentent un double défi :
- Identifier précisément les clauses d’exclusions dans leurs contrats afin d’éviter des surprises en cas de sinistre.
- Développer des stratégies alternatives pour couvrir ou mutualiser ces risques non assurés, notamment via des solutions internes comme les captives.
Cette évolution rappelle que la notion de protection en assurance, bien que renforcée sur certains segments, demeure soumise à des limites claires imposées par la réalité du marché et des risques.
Se préparer à l’avenir : assurabilité et stratégies d’adaptation pour les entreprises
La définition de l’assurabilité repose aujourd’hui sur des critères rigoureux reposant sur une analyse approfondie des risques par les assureurs. Dessiner des contours précis autour des risques, notamment émergents, est la clé pour accéder à des garanties adaptées. Sarah Delhelle souligne le rôle primordial que jouent les risk managers pour documenter et présenter les risques, facilitant ainsi leur acceptabilité. Cette collaboration est d’autant plus cruciale que les procédures internes des groupes d’assurance se sont renforcées avec l’arrivée des normes Solvabilité II. Les arbitrages commerciaux ne suffisent plus : l’examen de chaque risque passe par des validations techniques et financières externes, qui peuvent ralentir mais sécuriser la prise en charge.
- Documentation complète des risques pour améliorer leur assurabilité.
- Respect des critères stricts de souscription renforcée par les normes prudentielles.
- Intégration de dispositifs de maîtrise des risques comme la prévention ou la réassurance.
- Exploration de solutions alternatives, dont la création de captives d’assurance par les entreprises.
Lorsque le marché traditionnel ne permet plus d’assurer certains risques, les entreprises peuvent alors recourir à des dispositifs internes innovants. La captive d’assurance, par exemple, offre une alternative intéressante en permettant une gestion plus autonome de certains risques spécifiques ou complexes, comme ceux liés à l’intelligence artificielle.
| Éléments clés pour restaurer l’assurabilité |
|---|
| Apport d’informations détaillées par l’entreprise et son risk manager |
| Procédures internes renforcées chez les assureurs avec désengagements possibles |
| Recours à la captive d’assurance en cas de non-couverture |
| Collaboration renforcée entre assureurs et assurés pour adapter les contrats |
Cette nouvelle approche traduit une exigence accrue de maîtrise et d’innovation dans un monde où les risques évoluent rapidement. Elle impose une vigilance constante et une capacité d’adaptation pour maintenir une protection optimale face aux sinistres.
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