Trottinettes électriques : quand l’absence d’assurance chez deux tiers des utilisateurs fait peser la charge sur les autres

Chaque jour en France, près de deux millions de personnes utilisent une trottinette électrique pour se déplacer dans les zones urbaines. Pratique et écologique, ce moyen de transport s’impose comme une alternative moderne aux véhicules traditionnels. Toutefois, une réalité préoccupante persiste : environ deux tiers des utilisateurs de trottinettes électriques circulent sans aucune assurance, un manquement qui entraîne des conséquences lourdes, tant sur le plan de la sécurité que sur celui des charges financières pour les autres usagers de la route. Ce phénomène questionne profondément la réglementation actuelle et met en lumière un déséquilibre de responsabilité entre les conducteurs de trottinettes et ceux des véhicules motorisés classiques. Alors que la mobilité urbaine évolue rapidement, le partage des risques entre tous les acteurs de la circulation devient un enjeu de première importance.

La non-assurance des trottinettes électriques a un impact direct sur les victimes d’accidents, qui voient souvent leurs indemnisations prises en charge par le Fonds de garantie des assurances obligatoires (FGAO). Or, ce mécanisme, financé par les cotisations des automobilistes assurés, crée une situation où ces derniers supportent financièrement les conséquences des comportements à risque des trottinettistes non assurés. Cet article explore en détail cette problématique, depuis les enjeux réglementaires jusqu’aux répercussions concrètes sur le portefeuille des assurés, en passant par des chiffres récents démontrant l’ampleur de ce phénomène en 2026.

Un taux d’absence d’assurance alarmant chez les utilisateurs de trottinettes électriques

En dépit de leur classification officielle en tant qu’Engins de Déplacement Personnel Motorisés (EDPM) depuis 2019, les trottinettes électriques restent largement non assurées. Selon les données publiées par le Fonds de garantie en milieu d’année 2026, 66,7 % des trois millions de trottinettes électriques en circulation en France ne disposent pas d’une assurance responsabilité civile obligatoire. Cette proportion dépasse de loin les standards des autres véhicules motorisés.

Cette situation est particulièrement préoccupante car elle contribue à une augmentation significative des accidents non assurés. Julien Rencki, directeur général du FGAO, souligne que les trottinettes électriques pèsent désormais plus lourd que les deux-roues traditionnels (motos, scooters) dans les sinistres impliquant des véhicules non assurés, un phénomène inédit qui révèlent les limites de la réglementation actuelle.

La spécificité de ces engins tient aussi à leur traçabilité inexistante. Contrairement aux voitures, les trottinettes ne nécessitent ni immatriculation ni carte grise, ce qui complique les contrôles et favorise un sentiment d’impunité. Lors d’un contrôle routier, un automobiliste peut voir son assurance vérifiée en quelques secondes grâce à sa plaque d’immatriculation. Pour un conducteur de trottinette, cette vérification instantanée est impossible, rendant inefficace toute sanction immédiate en cas de défaillance d’assurance.

Plusieurs facteurs expliquent cette forte proportion de non-assurés :

  • Population jeune et souvent précaire : environ la moitié des non-assurés ont moins de 30 ans, étudiants ou travailleurs à faibles revenus.
  • Perception erronée de la trottinette : considérée davantage comme un jouet urbain que comme un véhicule soumis à des obligations strictes.
  • Faible coût d’assurance mais méconnaissance des obligations : une garantie responsabilité civile coûte entre 5 et 15 euros par mois, parfois incluse dans certaines assurances habitation, pourtant elle reste souscrite par une minorité.

Cette situation entretient un cercle vicieux qui alimente à la fois les risques d’accidents graves et le poids croissant des charges financières sur le reste de la population assurée.

Conséquences financières lourdes et inégalités face à la responsabilité

Les conséquences d’un accident impliquant une trottinette électrique non assurée sont souvent catastrophiques pour le conducteur responsable et lourdes à porter pour les victimes. Célandine Rigoulot, spécialiste en droit routier, met en garde : les indemnisations peuvent atteindre plusieurs centaines de milliers d’euros, voire plus d’un million en cas de handicap permanent. Ces sommes, si elles sont avancées par le FGAO, sont ensuite récupérées auprès du conducteur non assuré, qui s’expose ainsi à une dette pouvant s’étaler sur plusieurs décennies, impactant durablement sa situation financière.

En 2024, le FGAO a indemnisé 818 victimes d’accidents causés par des trottinettes électriques sans assurance, soit une hausse de 8 % en un an. Ce chiffre illustre une tendance alarmante, d’autant plus que cette hausse survient alors que le nombre total de victimes d’accidents impliquant des véhicules non assurés tendait à diminuer dans les autres catégories.

Pour les automobilistes respectueux de la réglementation, ce déséquilibre entre assureurs et non-assurés engendre une fracture notable. Christiane, 67 ans, victime d’une collision avec un trottinetiste non assuré, exprime son ressentiment : « Je paie mon assurance auto religieusement chaque année… Lui roule sans rien ». Cette charge financière indirecte est supportée par les conducteurs assurés via une augmentation progressive des primes liée à la contribution obligatoire versée au FGAO.

Le tableau ci-dessous résume le financement et la répartition des indemnités versées par le FGAO :

Source de financement Montant versé en 2024 (millions €) Part liée aux trottinettes non assurées (%) Impact sur les primes d’assurance
Contribution obligatoire sur assurances auto 132 25 Augmentation progressive des primes
Indemnisation des victimes trottinettes non assurées 33 (estimé) 100 Répercuté sur les assurés auto
Indemnisation des victimes autres véhicules non assurés 99 Inclus dans le montant global

Cette situation soulève une évidence : le financement des conséquences des accidents causés par les trottinettes non assurées repose entièrement sur un système solidaire qui pèse principalement sur les automobilistes respectueux.

Enjeux de sécurité et responsabilité dans la mobilité urbaine

La multiplication des trottinettes électriques dans les grandes agglomérations s’accompagne mécaniquement d’une augmentation des accidents impliquant ces engins. En 2024, elles représentaient 8,3 % des véhicules non assurés impliqués dans des accidents corporels, devançant même les motos et scooters classiques.

Ce taux élevé s’explique par plusieurs éléments spécifiques :

  • Usage intensif en milieu urbain : circulation dense, interactions fréquentes avec piétons et véhicules.
  • Non-respect fréquent des limitations de vitesse : la vitesse de certaines trottinettes est souvent débridée, avec des cas extrêmes atteignant 70 km/h, bien au-delà des 25 km/h autorisés.
  • Comportements dangereux : passages sur trottoirs, non-respect des feux rouges, slalom entre véhicules.
  • Manque de protection pour les utilisateurs : peu ou pas de port du casque, équipements insuffisants en matière de visibilité et de sécurité.

Cette combinaison favorise non seulement les accidents, mais augmente aussi leur gravité, avec des conséquences parfois dramatiques pour les piétons et automobilistes victimes ainsi que pour les utilisateurs eux-mêmes. Les conditions particulières de circulation des trottinettes électriques remettent en question l’efficacité actuelle du cadre réglementaire qui peine à encadrer strictement ces risques.

Dans les situations accidentelles, les responsabilités peuvent être difficiles à établir, surtout lorsque des comportements à risque des trottinettistes entrent en jeu. Cela complexifie le travail des autorités et des assureurs dans la gestion des accidents et des indemnisations. Cette difficulté contribue également à entretenir une méfiance croissante entre les différents usagers de la route.

Vers une réglementation plus stricte pour une meilleure répartition des responsabilités

Face à cette situation préoccupante, plusieurs propositions émergent pour renforcer la sécurité et garantir un meilleur partage des risques :

  • Immatriculation obligatoire des trottinettes : sur le modèle des cyclomoteurs, permettant un suivi et un contrôle plus efficaces des assurances.
  • Contrôle technique régulier : afin d’assurer le bon état des équipements et la conformité aux normes de sécurité.
  • Permis de conduire spécifique : pour former et responsabiliser les utilisateurs, notamment les jeunes conducteurs.
  • Inclusion automatique de la garantie responsabilité civile dans les assurances habitation : afin de simplifier la couverture et augmenter le taux d’assurés.
  • Campagnes de sensibilisation : pour changer la perception des trottinettes comme de simples jouets et renforcer la conscience des obligations légales.

Ces mesures visent à combler le fossé existant entre la réglementation théorique et les pratiques sur le terrain, en tentant d’imposer une rigueur plus grande aux utilisateurs tout en assurant la protection effective des victimes.

La pression sur les primes d’assurance automobile pourrait ainsi être allégée si la part des trottinettes non assurées dans les accidents venait à diminuer. Le renforcement des contrôles et des obligations d’assurance s’inscrit dans une logique de justice sociale et d’équité entre tous les acteurs de la mobilité urbaine.

Quelles précautions prendre pour protéger sa responsabilité et sa sécurité ?

Dans un contexte où l’absence d’assurance chez les utilisateurs de trottinettes électriques est encore trop répandue, il est crucial de comprendre comment minimiser les risques personnels et collectifs. Voici quelques recommandations essentielles :

  • Souscrire une assurance responsabilité civile spécifique pour trottinette électrique ou vérifier que celle-ci est incluse dans votre contrat habitation.
  • Porter un équipement de protection adapté : casque, gants, accessoires réfléchissants pour améliorer la visibilité.
  • Respecter strictement le Code de la route : éviter les trottoirs, respecter les limitations de vitesse et les signalisations.
  • Choisir une trottinette conforme aux normes légales : notamment en termes de puissance et vitesse maximale.
  • Informer et sensibiliser autour de soi : partager l’information avec d’autres utilisateurs pour encourager des pratiques responsables.

En adoptant ces bonnes pratiques, les conducteurs contribuent non seulement à leur sécurité, mais aussi à réduire les accidents et la charge financière portée par les autres usagers de la route. Cette démarche s’inscrit pleinement dans l’esprit du partage des risques et d’une mobilité urbaine respectueuse des exigences de sécurité en 2026.

Est-il obligatoire d’assurer une trottinette électrique en France ?

Oui, depuis 2019, tout engin de déplacement personnel motorisé, y compris les trottinettes électriques, doit être assuré au minimum avec une responsabilité civile.

Que risque un utilisateur de trottinette non assuré en cas d’accident ?

Le conducteur non assuré devra rembourser les indemnisations versées par le Fonds de garantie, ce qui peut engendrer une dette importante et durable.

L’assurance habitation peut-elle couvrir une trottinette électrique ?

Certaines assurances habitation incluent une garantie responsabilité civile pour les EDPM, mais il est important de vérifier les modalités exactes du contrat.

Pourquoi les contrôles d’assurance sont-ils difficiles pour les trottinettes ?

L’absence d’immatriculation et de fichier centralisé empêche les forces de l’ordre de vérifier instantanément la couverture d’assurance lors d’un contrôle.

Comment la non-assurance des trottinettes impacte les primes d’assurance automobile ?

Le Fonds de garantie finance les indemnisations des victimes d’accidents impliquant des trottinettes non assurées grâce à une contribution obligatoire sur chaque contrat d’assurance automobile, ce qui fait augmenter les primes.

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